Pourquoi ne devrait-on pas célébrer Omar Bongo ?

Voilà un petit moment que les préparatifs de l’hommage à Omar Bongo battaient son plein. On parlait d’inviter des chefs d’États de pays « amis », on parlait d’une sortie du « pantin-président », de celui qui est devenu depuis plusieurs mois un acteur d’une tragi-comédie, l’homme invisible au peuple, l’homme aux multiples faciès. Même Alfred Hitchcock n’avait pas le way là, comme on dirait dans nos quartiers.

Je me demandais donc quels pouvaient être les arguments valables qui justifieraient une cérémonie commémorative pour les 10 ans de disparition de celui qui a initié la destruction de notre pays ? Doit-on célébrer nos bourreaux ? j’avoue qu’on peut célébrer leur mort lorsque celle-ci sonne le glas de nos souffrances. Mais pas plus. Alors que se passe-t-il dans la tête de nos cons patriotes, oups compatriotes le clavier vraiment hein !

En bonne gabonaise je me suis donc mise à échanger avec une nièce bien aimée. Vous savez qu’il n’est pas évident aujourd’hui de parler de nos vies sans que cela ne découle sur la situation du pays. Ce qu’on appelle chez nous « parler des choses de la politique ».

Au départ elle me partageait sa peine. Une fois de plus elle venait de perdre un être cher. Une perte de plus, une perte de trop. Quand ce n’est pas une agression, un empoisonnement, c’est un cancer, mais surtout la dernière pathologie en vogue qui rafle tous les records :  l’AVC ou accident vasculaire cardiaque. Mourir d’un accident cardio-vasculaire est devenu si banal. C’est devenu si courant qu’on a l’impression que c’est normal. On souhaite les condoléances, on écrit « RIP »[1] et « paix à son âme » en commentaire sur les réseaux sociaux et la vie semble suivre son cours. Notre pays est devenu le terroir des AVC. Tu veux un AVC ? Va au Gabon !

 Donc nous voilà dans nos « kongossa » sur l’état du pays, la dégradation du système sanitaire, les problèmes, la pression socio-familiale et professionnelle, la grève des retraités, des étudiants de l’UOB, la répression policière, les meurtres, etc. Et naturellement nous arrivions sur la « OBO Party ». Je lui demandais en rigolant pourquoi devait-on célébrer Bongo. Trouvez ici sa réponse que je fais mienne et celle de ceux qui partagent cet avis.

 Elle répondra : « Il ne fait plus bon vivre dans notre pays, on ne rêve plus et les gens sont là à vouloir fêter l’anniversaire de la mort d’Omar Bongo. Qu’est-ce qu’il nous a légué comme héritage ?  Si ce n’est cette misère visible à tous coins de rue ?

 C’est lui qui a mis en place le dispositif pour piller toutes nos richesses et appauvrir notre pays. Il n’a pas eu d’amour pour ce pays qu’il avait vendu depuis longtemps aux étrangers en se contentant des miettes qu’on lui reversait. Toutes nos peines, toute cette misère nous la devons en grande partie à la famille Bongo.

 Et je ne comprends pas pourquoi devons-nous le célébrer !

C’est lui qui a fait du Gabon ce qu’il est aujourd’hui, un enfer équatorial. Ali n’a fait que suivre la voie déjà tracée par son pseudo père, il n’a pas eu besoin de mettre quoi que ce soit en place, il n’est pas intelligent pour ça. Et ne dit-on pas honte à celui qui ne fera pas mieux que son père ? Alors il a fait mieux en accélérant la destruction du pays. Aujourd’hui c’est ouvertement que ceux qui sont aux arcanes du pouvoir montrent qu’ils sont sans intérêt pour notre pays. Le seul intérêt qu’ils ont est l’enrichissement financier boulimique à la tractopelle quand ceux qui étaient avec le père le faisaient de manière un peu plus voilée. Nous donnant parfois l’impression qu’ils avaient un peu d’amour pour ce pauvre pays.

 La classe politique actuelle est à l’image de son président. Et c’est peut-être ce qui leurre le peuple en lui faisant croire que Bongo père était mieux, donc qu’il faut le pleurer et le célébrer. Pourtant tous les rouages de destruction ont été mis en place par lui, la condamnation du Gabon aussi. D’ailleurs le monstre aux mille tentacules nommé Delta Synergie c’est une initiative de Bongo père, ça a toujours été là, Ali en a hérité et en bon faux fils a continué d’honorer la mémoire de son défunt père notamment via cette fois Olam. » Après ça que peut-on ajouter ?

Non il n’y a aucune raison valable de célébrer Bongo qu’il s’agisse d’Omar, d’Ali, de Linda ou d’Omar Denis… Et si célébration il y a, nous souhaitons volontiers célébrer sa mort. Une mort qu’on espère plus présente et plus active pour emporter avec elle ceux qui ont pris la suite et continuent à perpétuer l’œuvre maléfique qu’il a initiée dans notre pays et dont les conséquences sont de plus en plus dramatiques pour les citoyens. Nous ne pouvons célébrer Bongo parce qu’il a fait du mal au Gabon, aux Gabonais, et continue à le faire au travers de son legs : son fils adoptif ! 10 ans , allez vite au suivant !

[1] Rest In Peace

Par Naelle NANDA

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