FURIES D’ENCRE

« À toutes ces plumes brûlées par les ténèbres du pays de la nuit »
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Voici ma plume perforant de vierges pages blanches
Traçant sur leur ventre à l’encre nègre
Les scarifications des souffrances de mon peuple
Marchant sur des sillons embrasant des flots de larmes
Frayant un chemin d’espoir vers l’avenir
Offrant l’innocence de son duvet aux vents dépuceleurs de la misère

Voici ma plume
Élixir du Powète en quête de remède aux maux de ce monde
Encoche d’une flèche tirée depuis le canon des entrailles des opprimés
Cyclone des sept chemins ouvrant des sillons utopiques dans l’œil résigné
Frivole baladée dans le vent errant des tourments de la liberté
Scalpel des tumeurs entretenues par les dictatures de notre ère

Entends-le, le chant lointain de ma chère plume
Hululement de la chouette perçant le bouclier d’un rayon de chair de lune
Métal hurlant dans la chair enclume battue des crépuscules
Murmure flamboyant de la sueur ruisselant sur la roche noire du forgeron
Hurlement brulant du fer sanglant transperçant la quiétude de l’eau dans la nuit
Flammes dévorant la nudité sèche des plantations dans le pagne d’août
Douloureuse pépie sur la langue du touraco dans l’apocalypse des aurores

Voici ma plume rutilante et vrombissante
Vomissant mon cœur meurtri sur la feuille blanche
Opérée au cœur ouvert de notre humanité qui se défile

Voici ma plume vibrant dans la fournaise du malheur des miens
Grondement enfoui d’un volcan trop longtemps étouffé
Geyser couvé au magma bouillonnant des tyrannisés
Bercé à la pression suffocante des oppressés
Baïonnette au canon de verre d’un encrier de sang
Vomissure de l’ivrogne calice misère régurgitée sur la place publique

Voici ma plume tranchant la carotide des infamies
Aspergeant nos peines sur la toile des misères de notre temps

Voici ma plume garrot des nations tranchées de l’autocratie
Honneur d’insoumis sur le champ de bataille
Plume d’acier épée de feu croisant le fer pour la veuve
Soldat des saisons sèches soldat des saisons de pluie
Soldat de fortune soldé aux larmes embrasées des orphelins
Soldat de plomb insurgé sur l’échiquier des grands de cette terre
Plume de bois taillée dans le cœur mourant d’un Okoumé géant
Écorchée dans l’écorce de son humanité
Crachant des vers de flamme dans la résine de sa peau croulante
Éclairant les ténèbres qui envahissent sa forêt

Voici ma plume trempée dans la fureur de mon encrier
Coulant les profondeurs dans lesquelles elle tire sa force
Entends-la feuler, entends-la grogner, entends-la gronder
Entends-la déchainer les furies d’encre

Fureur chant de pleurs de l’intenable oiseau semant de rouille les barreaux de la liberté
Fureur voix de fer de l’oiseau de la résilience chantant Mariam dans la barricade
Gravant l’espoir des lendemains dans la Pierre affamée
Fureur prose infernale de l’insolente jeunesse déchaînée pour conduire au diable les despotes
Fureur salve de verges de l’apôtre malinois flagellant les déserts intellectuels des terres de la perdition
Fureur tempête de sable du saltimbanque Portgentillais redorant la jupe rouillée du vieux phare pour éclairer la marche des nations
Fureur Yucca de flammes et d’eau à l’aube dans les terres brulées poussant dans le chant d’un Titan

C.I « Le poète au bord du fleuve »

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