Nous ne célébrons pas Bongo, nous rendons hommage à l’illustre Philippe Mory

 

18 juin 2016, Lambaréné, à Atongowanga, se dresse une chapelle ardente. Quelques convives gardent un silence recueilli, en affiche, ces quelques mots « La Cage s’est refermée, Les Tams tams se sont tus, Pour le retour de l’Enfant du village, On ne t’enterrera pas le dimanche »

En effet nous sommes un Jeudi et Philippe Mory n’est plus. Le héros était épuisé il a pris sur lui de se reposer.

La détonation s’est faite entendre depuis Nzeng Ayong où il vivait pour couvrir de son cri indigné le Gabon tout entier. Ceux qui savent disent qu’il n’est que l’échos de cette nuit fatidique de février. La république n’était qu’à sa quatrième année, Radio Gabon discrète jusqu’à la neuvième heure du jour annonçait, les militaires ont déposé Léon Mba, désormais on doit dire Radio Libreville pour me nommer.  Des noms s’égrènent. Obame Jean Hilaire, Essone Valère, Ekoh Jean Marc, Mory Philippe.

Troubles-fêtes? putschistes ? non… Patriotes, car c’est ainsi que se nomment ceux qui ont pour but sublime la dignité de tous.

Mory, la vérité vient du cœur…

De cette nuit, des mots naissent sous ta plume INSOUMISE

« Les pétales se détachent de la fleur gaiement

Et s’envolent au gré des souffles nouveaux,

Un éclair éclate du ciel incolore, violence et sang

L’Afrique pleure autour d’un vieux tombeau

Le ciel se couvre de nuages mouvants et puants,

Le continent ahuri tombe en sales lambeaux. »

« Comme l’étoile filante que regarde le passant,

La vie meurt à la fin de la course

Mes sens se perdent et se retrouvent

Pour se dissoudre dans l’ivresse du vivre !

Demain… c’est loin

La course est longue

Maintenant ! Oui maintenant !

Chacun vit sa part du rêve !

Le vainqueur de tout corps qui combat

La pourriture est encore la pourriture !

Paré de ses beaux habits, l’homme ressemble à la société :

La pourriture est dans le ventre ! »

@image google Gabonactu

A présent il faut avancer, ne pas fermer les yeux sur toutes ces meurtrissures de l’existence. L’histoire ne sait pas s’écrire d’elle-même. Il faut lui donner quelques coups de pouce, il faut l’encourager et lui donner ce gout de miel qui lui manque trop souvent. Les années d’indépendances ? N’en parlons plus. Celles de dictature ? Qu’elles aillent se faire foutre ! Oui tu as bien lu… la misère, compagne des dictatures n’a aucune délicatesse, elle mord dans le vif et fait pleurer les enfants. Parlons plutôt des premières années.

Parlons de ce jour de 1942, quand sur un banc de sable, non loin de l’hôpital de ce Schweitzer ta mère te disait l’au revoir.

Bien sûr qu’elle a choisi pour commencer son récit des débuts, des dehors bien fragiles. Tu t’appelleras Mory c’est ainsi qu’on nomme ceux qui sont les premiers parmi tous. L’histoire de ta vie, personne ne la racontera mieux que toi. Tu es un fils du fleuve qui t’a vu grandir. Il a vu la trace laissée par tes pas d’enfant et qui t’ont mené jusqu’à ce lointain… là-bas.

Il est temps de célébrer nos héros, il est temps de les honorer, de leur accorder leur part de lumière. Les ignorer c’est faire le choix tragique de suicider son patrimoine. Philippe Mory n’était pas juste un figurant de la longue histoire de notre pays. Il était et c’est le lieu ici de le rappeler, il était ce cinéaste de toutes les premières.

En effet, il fut en 1959 le premier acteur noir à tenir un rôle principal dans un film français, on n’enterre pas le dimanche, qui remporta le prix louis Delluc devant À bout de souffle de Jean Luc Godard.

En 1961 il écrivit le scénario du film La Cage qui fut d’abord intitulé Le Cri du sang. Réalisé par Robert Darène, ce film est le premier long métrage tourné au Sud du Sahara et il est même sélectionné au festival de Cannes 1963, ce qui est aussi une première, excusez du peu. Parler de Philippe Mory c’est parler du Gabon, c’est feuilleter les pages les plus lumineuses de son histoire, c’est évoquer son sursaut patriotique, sa rage de vivre. Oui sa rage de vivre, car vivre c’est partir à la conquête de son bonheur, c’est partir à l’assaut de sa liberté profonde et ne pas revêtir son uniforme ou la soutane par-dessus sa conscience, comme si cette dernière était un nu qu’il faut absolument cacher à la vue des passants.

Le 7 juin 2016, chez lui, Philippe Mory écrivait les dernières lignes du scénario de son passage sur cette terre des hommes. Ce fut un homme, un grand homme. Il aima sa terre, il aima sa patrie, il aima résolument… il en raconta les rires, les mimiques, cette façon qu’elle a de se contredire, la femme au foulard, ses traditions si fragiles, sa ville et le soleil tumultueux de ses indépendances…  Bravo !!!

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Par Larry Essouma

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